Zoé BARDOT

Zoé Bardot travaille depuis les espaces non-résolus de nos intimités, le silence, les ellipses et les contradictions. Elle enquête et assemble des témoignages et fragments autobiographiques pour proposer une histoire hantée et mouvementée. Les photographies vernaculaires, les vidéos de famille, les voix de ses proches et les objets récupérés des déménagements constituent sa table de recherche. La mise en relation spéculative de ces récits propose différentes lectures parallèles sans pour autant en modifier leur nature documentaire. Le film lui permet d’observer les survivances de la violence, de la maladie, du deuil et des non-dits au sein d’histoires familiales, amicales et amoureuses. Elle y interroge les jeux de l'image et du montage, ce qu'ils montrent ou dissimulent, et les réalités qu'ils contribuent à produire. Envisagée comme une tentative d’assemblage en perpétuelle construction, sa pratique filmique se décline par différents moyens de monstration, de la lecture temporaire d'une salle de projection à la latence de ses installations multi-écrans. Mise en espace, l’image s’active par le biais d’objets empruntant leur vocabulaire aux machines de transport — convoyeurs, tonneaux, enrouleurs ou dérouleurs. Réalisées en céramique, ces machines sont détournées de leur fonction logistique et substituent une économie de la transmission à la logique marchande. Pensées pour être manipulées, ces formes ne livrent leurs récits qu'à la condition d'un geste. Ainsi, Zoé Bardot interroge la responsabilité des témoins à assumer leur place dans la circulation des récits.