Yijie Fan développe une pratique qui articule principalement la céramique, la photographie et la sérigraphie. Son travail naît de la marche, de l'observation et de la collecte. Elle s'intéresse aux phénomènes ordinaires qui composent notre quotidien : les ombres, les empreintes au sol, les traces laissées par les corps, les objets et le temps. Marseille est devenue son principal terrain d'expérimentation. Elle parcourt la ville pour recueillir ces présences discrètes qui apparaissent puis disparaissent sans cesse. Ce ne sont pas les événements exceptionnels qui la captivent, mais l'accumulation d'instants quelconques. Cette attention au quotidien rejoint la notion d'infra-ordinaire de Georges Perec à laquelle elle tient. L'artiste utilise différents médiums selon la nature des traces qu'elle souhaite conserver. La photographie enregistre l'instant fugitif ; la sérigraphie explore l'inscription directe de la lumière ; la céramique transforme des phénomènes éphémères en objets durables. Les vases et les verres, objets familiers présents dans toutes les cultures, deviennent ainsi les supports d'une mémoire sensible où se déposent les ombres, les empreintes et le passage du temps. Son processus est essentiellement empirique : elle marche, elle observe, elle collecte, puis elle transpose ces fragments du réel dans la matière. Yijie Fan cherche moins à représenter le monde qu'à rendre visibles des phénomènes souvent négligés et à révéler la poésie silencieuse du quotidien. Une invitation à ralentir, à marcher et à porter une attention renouvelée aux traces discrètes qui façonnent notre manière d'habiter le monde.