Peter Haddad envisage le design comme une pratique située, qui réactive notre attention aux espaces du quotidien par le prisme de son propre paysage émotionnel : lorsque la fatigue physique donne envie de s'asseoir, que la beauté d’une ombre sur un pan de mur appelle à ralentir, ou que le sentiment de solitude submerge. À travers des dispositifs ludiques, de la marche aux éditions, ou des cartographies aux installations urbaines, le designeur nous invite à regarder autrement les lieux que nous traversons chaque jour. Le jeu devient alors un levier pour ralentir, observer, rencontrer et faire émerger de nouvelles formes de convivialité. Prenant naissance dans la pratique de la marche, sa démarche l'amène à parcourir les territoires, à observer les interstices, les traces et les situations qui composent le paysage urbain. Le dessin, l'écriture, la photographie et la cartographie deviennent ainsi des outils pour raconter cet infra-ordinaire ; ils lui permettent de révéler des dynamiques souvent invisibles et de construire une lecture sensible des lieux, attentive aux microhistoires qui les habitent. Sans transformer le territoire, le designeur règle la focale sur de nouveaux espaces potentiels, souvent trop proches de notre champ de vision pour pouvoir être décelés. En faisant appel au droit à la ville*, il nous propose de renouer avec ces espaces oubliés ou délaissés. À la croisée du design de recherche, du design situé et du design de l'attention, les travaux de Peter Haddad se positionnent en de véritables outils de lecture et de médiation. Ancré dans l’existant, il créé les conditions de nouvelles rencontres entre les individus et les lieux qu'ils habitent, explorant les possibilités d'un quotidien plus attentif, partagé et désirable. * (Concept géographique développé par le philosophe et sociologue Henri Lefebvre)