Lucie Etna LEFEBVRE-HAWTHORNE

Les marges, les périphéries sont des territoires en transformation, traversés par des chantiers et des travaux publics qui les redessinent sans cesse. Ces mutations produisent des tensions : des fractures spatiales, des déplacements invisibles, des effacements progressifs. Au moyen de la photographie, Lucie Etna Lefebvre-Hawthorne fixe ces moments d’entre-deux. Ce qui disparaît. Ce qui résiste encore. L’artiste tente de se réapproprier des paysages ingrats et des territoires qui se transforment plus vite que la mémoire. Elle archive des architectures ordinaires, vernaculaires, parfois précaires, promises à la démolition ou à la standardisation ; des formes sensibles et fragiles : une résistance silencieuse. Il en résulte des installations à partir de matériaux ou rebuts trouvés sur place. L’image devient alors sculpturale et permet un prolongement qui reconnecte l’image au monde. La pensée de Michel Poivert l’accompagne depuis plusieurs années : « Activisme et poésie se mêlent pour proposer des mondes où il est question de matérialité, de geste, de réconciliation et de résilience, c’est dans le corps de la photographie que les artistes cherchent à relire le monde et en inventer de nouveaux, par des utopies où l’imaginaire permet de dépasser le culte des images. En se reconnectant au tangible, la photographie entre dans une période de transition. » (Contre-culture dans la photographie contemporaine, Textuel, 2022). La photographie lutte contre l’oubli en capturant ce que le temps efface : des formes modestes, des histoires dites banales. Une certaine manière d’habiter.