Certaines expressions restent en tête plusieurs jours de suite. À force de ressurgir, elles changent de forme. Elles passent d'une phrase à un geste, d'un geste à un objet, puis à une manière d'habiter un lieu. L'écriture est le premier espace où Lili-Marie Delattre observe ces déplacements apparaitre. Elle écrit jusqu'à ce que les phrases produisent autre chose qu'elles-mêmes. L'artiste note les gestes les plus ordinaires : attendre, contourner, exposer, porter, planter : une mouche fait fermer une fenêtre, un piège fait hésiter un corps, une coquille vide continue parfois d'abriter une présence. Ces gestes ne racontent pas seulement une action ; ils révèlent les habitudes, les hésitations et les ajustements qui apparaissent lorsque nous composons avec ce qui nous entoure. Lorsque le texte ne suffit plus à contenir ce qui s'est mis en mouvement, les mots, les corps et les objets ne gardent plus une place fixe. Chaque forme transforme ce qui l'a provoquée, comme une rumeur. Lili-Marie Delattre porte un regard attentif et joue avec ces moments où quelque chose de presque insignifiant commence à prendre une place qu'il n'avait pas.