Le processus de peinture d’Émilie Martinez Ngombet commence par l’observation et l’écriture de scènes dont elle est témoin. Ce rapport au témoignage se matérialise par la prise de notes et la pratique de la photographie. L'artiste dépeint les espaces domestiques comme des espaces restreints qui nous habitent et contiennent nos « nœuds », dans l’attente d’une représentation qui serait leur dénouement. Plutôt que de les démêler, ses œuvres répondent à un sentiment de devoir en exhibant ces points de tension. Peindre une chaise vide, les portraits de ses proches, leur regard fier ou égaré, du vin couleur charbon, des bouts de lieux partagés sur WhatsApp, un moment de préparation d’un repas en sororité, des plats entamés, un long sommeil perdu dans une archive : tout cela constitue pour elle une résistance à une forme de dépossession identitaire. La peinture lui permet de déployer ses récits, d’en préciser le trouble. Elle met en lumière et en abyme l’intersection entre domestique et spéculation, intime et appartenance, scènes banales du quotidien et symboles familiers. En donnant une part importante au bricolage et à la construction de ses ensembles modulaires, Émilie Martinez Ngombet tisse une réelle relation entre images et supports, déployant son travail à la lisière de l’installation, de la sculpture, du mobilier et de la peinture.