Artiste textile, brodeuse à la main et autrice de fiction, Clorindre Châlon-Lacour fait s’entremêler le fil et le langage. Dans son processus créatif, ses pièces brodées découlent de récits et, à l'inverse, ses textes résultent de l'exploration de techniques textiles évocatrices matrimoniales. Sa pratique puise dans les conflits irrésolus de son enfance autour de son orientation amoureuse bisexuelle. Ayant grandi avec des univers visuels et narratifs hétéronormatifs, elle réécrit des contes et des fictions qui entendent renverser les discours dominants en proposant des histoires queers ouvertes à la réappropriation. Ses récupérations de « bricoles » prennent forme à travers l'hybridation de différents types de manipulations textiles. La mise au point d’“emprisonnements” d’objets dans le tissu, produisant des surfaces surprenantes de texture et de transparence, est aussi pour Clorindre Châlon-Lacour une manière d'évoquer la manière dont les corps dans lesquels nous évoluons sont constamment contraints. En tension avec cette symbolique de carcan, elle représente aussi la manière dont une forme de mouvement peut émerger malgré un moule imposé. La malléabilité de la surface ainsi créée lui permet de « tordre le réel » *, de le queeriser et d’y faire entrer le rêve et la fiction. Elle invite ainsi les personnes qui cherchent leurs propres mythes et légendes à projeter leur imaginaire sur ses pièces. « Ielles savent repérer les symboles cachés, lire les messages codés et imaginer leurs amours secrets, suggérés au fil invisible sur la toile. Ielles savent glaner ce qui leur plaît et faire feu de tout bois pour se recréer des représentations. » (Clorindre Châlon-Lacour) * Concept de Dénètem Touam Bona.