Claude NAUDIN

La démarche de Claude Naudin prend racine dans des recherches sur l’expérience des traumatismes produits par les violences patriarcales et les rapports de domination qui traversent les corps, les récits et les mémoires. Elle interroge la manière dont ces violences s’inscrivent durablement dans l’expérience individuelle et la psyché, modifiant notre rapport à soi et au monde. La colère occupe une place centrale dans son travail. Elle l’envisage non comme une force destructrice, mais comme une force de déplacement de l’énergie, capable de rompre avec l’effacement et la soumission à travers une sorte de pulsion créatrice. Elle devient un mouvement de réappropriation de soi, une manière de reprendre possession de son histoire et de son corps. Cette réflexion est également traversée par d’autres affects : la mélancolie, la nostalgie et le deuil. Les identités se construisent à travers des pertes, des ruptures, des disparitions et des transformations successives. À travers la sculpture, l’installation et la peinture, l’artiste cherche à produire des formes capables de maintenir ensemble plusieurs états contradictoires : la destruction et la création, la présence et l’absence, la fragilité et la résistance, la souffrance et la puissance. Le choix de ses matériaux participe pleinement de cette recherche. Le métal, le bois brûlé, le verre ou la porcelaine partagent tous un rapport étroit au feu, à un moment critique où leur forme a vacillé avant de se transformer. Ils portent en eux la mémoire d’une épreuve traversée. Ils ne représentent pas la destruction : ils en conservent la trace. Ses œuvres ne proposent ni réparation définitive, ni récit héroïque de la résilience ; elles s’attachent à révéler ce qui subsiste des blessures et les manières dont il est possible de construire sans effacer.