Le travail de Claire Tea prend pour point de départ sa relation au Cambodge, pays d’origine de son père, qu’il a quitté enfant pour fuir la guerre civile. À travers la peinture et le monotype, l'artiste explore les effets des ruptures de la transmission familiale et les formes d’appartenance qui subsistent malgré la distance, l’exil et l’oubli. Ses peintures émergent de photographies de famille, d’images anonymes trouvées dans des brocantes ou de photographies de voyages. La peinture lui permet d’habiter le temps suspendu de la photographie, d’en déplacer les contours et d’en interroger les silences. La végétation et le paysage côtoient des figures évanescentes. Les photographies de famille se brouillent au cours du processus pictural ; les visages deviennent difficilement reconnaissables, suspendus entre présence et absence. Un premier voyage seule au Cambodge, en 2023, a profondément nourri cette recherche. Confrontée à une terre à la fois familière et étrangère, Claire Tea a accumulé des images de paysages traversés qui deviennent, dans la peinture, des espaces de projection où se mêlent fascination, déception et désir de rapprochement. L’artiste envisage le déracinement comme l’expérience sans cesse renouvelée d’une mise à distance d’une part de soi-même.